Patrimoine Moulins et Canaux 07-26

Patrimoine Moulins et Canaux 07-26

Moulins, canaux et loi sur l'eau ...

Moulins, canaux et loi sur l’eau

Notre association « Moulins et canaux 07-26 »

                Notre association s’est créée à partir de 5 moulins fondateurs (Mandy, Pataudée, Charrier, Trespy, Raoul). Depuis de nombreux moulins et associations de canaux l’ont rejointe et elle vient de s’élargir à la Drôme. Notre association est affiliée à la Fédération des Moulins de France (FDMF). Une application sévère de la LEMA (loi sur l’eau) n’est certainement pas pour rien dans la nécessité qu’ont ressentie nos adhérents de se regrouper pour promouvoir et sauvegarder le patrimoine des moulins, canaux et autres ouvrages hydrauliques anciens.

Un patrimoine exceptionnel qui a influencé le cours de l’histoire

                L’écrasement des grains, principale fonction du moulin, remonte à la nuit des temps. A cause de leur grande  valeur énergétique les céréales ont été les premières plantes cultivées et permis le passage au néolithique. Pendant des millénaires (et encore aujourd’hui dans une certaine mesure) elles ont été la base de la nourriture des populations. Le travail fastidieux d’écrasement a motivé la « recherche » technique : C’est ainsi qu’après l’utilisation de la force humaine et animale, les Romains ont inventé le moteur hydraulique (roues horizontale et verticale). Premier moteur utilisant l’énergie naturelle, il constitue en quelque sorte le « berceau » de la technique. Les hommes auront vite compris qu’on peut lui trouver bien d’autres applications : la plupart des industries du XIX -ème siècle trouvent leurs origines dans les moulins (métallurgie, tissus, bois, papier, poudres diverses, huiles…électricité !).

                Au moyen-âge le réseau dense des moulins et leur banlieue, assure partout le service de la mouture, c’est un peu l’ancêtre de nos services publics. Mais dans les moulins d’autres systèmes économiques apparaissent ainsi des chercheurs américains viennent d’y trouver la première société par actions, origine du capitalisme. Le meunier, intermédiaire entre le seigneur et les paysans, qu’il soit envié ou détesté reste un personnage important dans les villages. Moulins, canaux et meuniers ont laissé de multiples traces dans la culture populaire, la littérature et les Arts.

                Les paysages façonnés par les moulins et canaux depuis des siècles, ne sont pas le moindre de leur attrait. Le récent livre de Colette Véron « Moulins, technique, espace et société au bord de l’eau » en donne une magnifique illustration et fournit une documentation et une analyse très complète de nos moulins ardéchois.

Reconnaissance et rénovation de ce patrimoine

                Après une période d’oubli, les moulins ont suscité un nouvel intérêt, allant de pair avec la reconnaissance du patrimoine artisanal et industriel. Si l’équipe du moulin de Mandy (Pranles), il y a plus de 20 ans, a été la première à entreprendre la rénovation de son moulin en vue de l’ouvrir au public, aujourd’hui c’est près d’une dizaine de moulins qui se sont lancés dans cette aventure avec le même objectif. Le dernier en date, à notre connaissance étant le moulin Dupuis à Saint André Lachamp qui vient de constituer son association, les premiers travaux vont commencer. Les moulins qui ont vocation à s’ouvrir au public sont en général gérés par des associations dont certaines ont reçu des subventions du Département et/ou de la Région. De nombreux propriétaires également ne ménagent leur peine pour rénover leur moulin. Le travail des bénévoles des associations comme des propriétaires montrent incontestablement qu’il y a un engouement pour la restauration de ce patrimoine. L’augmentation globale du nombre de nos visiteurs démontre aussi que l’intérêt pour nos moulins est partagé par un large public. Au sein du PNR et plus largement dans le département dont le tourisme est une activité essentielle, nos moulins peuvent contribuer au développement du tourisme culturel. L’objectif de toute rénovation est de faire tourner le moulin, c’est ainsi qu’il devient un patrimoine vivant…encore faut-il que l’eau arrive au moulin et dans les canaux …

Les incidences de la LEMA sur le patrimoine hydraulique

                Pour résumer très succinctement, cette loi veut assurer la continuité écologique des cours d’eau en supprimant un grand nom de barrages et en assurant un débit réservé aux rivières toute l’année pour favoriser la vie aquatique et singulièrement celle des poissons.

  • Quelques considérations générales… :
    • Qui pourrait être contre l’amélioration de la qualité de l’eau ! Modestement les moulins y contribuent par le brassage de l’eau et sa dépollution dans leur réserve ou les plans d’eau de leur levée.
    • Il est facile de montrer qu’à l’époque où les moulins tournaient à plein régime, les rivières étaient très poissonneuses. Les moulins ne sont pas responsables de la réduction de la vie aquatique, pour expliquer ce phénomène il faudrait plutôt regarder du côté de la pollution chimique.  Pourtant les moulins et ouvrages hydrauliques anciens sont les principales « victimes » de cette loi.

 

  • Des paradoxes : Dans notre département le réseau hydrographique se caractérise par des pentes importantes et des débits très variables : longues périodes de sécheresse et périodes de pluies abondantes voire violentes (épisodes cévenols). Il y a tout lieu de penser que ces phénomènes vont s’accentuer avec le réchauffement climatique. Dans ce contexte n’est-il pas paradoxal de supprimer les barrages qui :
    • Permettent d’écrêter les crues qui peuvent être dévastatrices. C’est d’autant plus paradoxal que les pouvoirs publics, dans ce but, obligent particuliers et bâtiments publics à faire des bassins de rétention ;
    • Constituent de vastes réserves d’eau pour les périodes sèches et permettent d’alimenter les nappes phréatiques ;
    • Réduisent la vitesse d’écoulement de l’eau et diminuent l’érosion de nos massifs.
    • Assurent des abris à la faune et à la flore aquatique pendant les crues.

Beaucoup de barrages existent depuis des siècles, voire des millénaires (depuis le début de l’agriculture), une multitude d’écosystèmes se sont constitués autour de ces ouvrages, riches en biodiversité. Par ailleurs les rivières peuvent créer naturellement des barrages (embâcles) et des cascades naturelles les parsèment. Pousser la logique de cette loi jusqu’au bout pourrait «  lessiver » bon nombre de nos cours d’eau et réduire considérablement la biodiversité…c’est pas le moindre des paradoxes. On pourra alors construire des demi- barrages, abris à poissons…il paraît que cela se fait déjà !

 

  • L’application de la loi rencontre de multiples oppositions : la presse s’en fait périodiquement l’écho : défense des digues du Chassezac (pétition de plus de 3000 signatures) , ouverture de la digue de Rosières, canal de Flaviac…pour ne citer que quelques exemples.

 

  • Les incidences de l’application de la loi sur nos moulins et canaux :
    • L’arasement des barrages : les moulins et canaux ne sont plus alimentés cela équivaut à leur destruction. Cette volonté de démolition se manifeste par :
      • Des pressions sur les propriétaires de moulin pour les inciter à faire supprimer leur levée.
      • Le refus d’autoriser la reconstruction d’un barrage emporté par une crue. C’est le cas du moulin de Trespis à Lanarce, entièrement rénové par son propriétaire et prêt à tourner et à s’ouvrir au public.
    • Obligation, dans certains cas, de construire des passes à poissons : Outre qu’elles sont, très onéreuses, sont-elles efficaces ? Au vu de l’exemple de celle construite à Livron sur la rivière Drôme, on peut en douter, puisqu’il a fallu construire, à grand frais, au même endroit une dérivation de la rivière. Mais leur inconvénient majeur c’est qu’elles s’ensablent lors des crues. Cela arrive fréquemment au moulin de la Pataudée sur l’Ouvèze à Coux et a  pour conséquence de réduire l’alimentation du moulin en eau qui peine alors à fonctionner. L’association du canal de Baza à Aubenas se voit infliger des poursuites, parce qu’entre autres, elle n’a pas nettoyé sa passe à poissons. Construction et entretien coûteux  pour des résultats qui restent à évaluer.
    • Le débit réservé : Compte tenu des caractéristiques de notre système hydrographique (voir plus haut) il se trouve que le débit de nos rivières en été peut être inférieur au 15% du débit pluriannuel moyen. Dans ces conditions aucun prélèvement ne serait possible. Beaucoup de nos moulins, à vocation essentiellement touristique ne pourraient plus tourner l’été. L’absence d’eau dans les canaux et réserves peut très vite les détériorer. Ainsi si on empêchait d’alimenter le canal de Baza à Aubenas c’est un patrimoine vieux de 7 siècles qui serait menacé. Le fait que la loi ne fasse pas la différence entre ceux qui  rendent intégralement l’eau empruntée quelques mètres  plus haut et  ceux qui ne la rendent pas est un paradoxe de plus.

 

  • Une mise en conformité avec la loi compliquée et coûteuse : la recherche historique des droits d’eau, fondés en titre est souvent difficile (disparitions des documents au cours de l’histoire) et la reconnaissance par l’administration des documents fournis, aléatoire. Les aménagements à faire sur les installations ainsi que les études de débit qui sont à réaliser par des entreprises spécialisées sont très onéreuses, hors de portée des moyens financiers de beaucoup d’associations de gestion des moulins. On a comme l’impression que le coût des opérations et les tracasseries administratives sont là pour dissuader les bonnes volontés de restaurer moulins et canaux.

Nos  demandes pour conserver et promouvoir ce patrimoine

  • Faire connaître et appliquer la grille d’analyse :

Elle est le produit d’une négociation entre le ministère de la culture et celui de l’environnement en concertation avec les associations concernées dont notre fédération nationale.  Elle doit être instruite avant tous travaux sur les ouvrages hydrauliques, en vue d’évaluer le caractère patrimonial de ceux -ci. Le projet de loi qui voudrait empêcher la destruction des levées de moins de 2m va également dans le bon sens.

  • Un débit minimum assuré:

Les moulins et canaux que nous représentons, ont plutôt une vocation touristique et culturelle pour faire connaître le patrimoine hydraulique.  Nos besoins en eau sont dérisoires on pourrait même dire négligeables aux regards de bien d’autres utilisations de l’eau. Mais ils fonctionnent principalement pendant la saison touristique et dans la journée sur une courte période, certains ont des réserves qui peuvent se charger quand ils ne fonctionnent pas, ce qui réduit les besoins. Pour pérenniser nos moulins et canaux, mener à bien les projets en cours nous voudrions avoir l’assurance qu’un débit minimum de fonctionnement et de préservation (éviter l’assèchement) des installations nous sera accordé. Cela pourrait se faire par une modification de la loi, des dérogations ou une tolérance des administrations.

  • Des solutions à trouver au cas par cas

 Nous sommes prêts à discuter avec les autorités compétentes et au cas par cas pour trouver des solutions conciliant continuité écologique et alimentation de nos ouvrages. C’est ainsi par exemple que pour éviter de reconstruire la levée du moulin de Trespy on pourrait installer une noria (roue tournant avec le courant ) qui suffirait à monter l’eau de 80 cm avec un très faible débit, mais suffisant pour faire tourner le moulin, pour peu qu’on agrandisse la réserve. Cette solution pourrait s’appliquer à d’autres et donner un attrait supplémentaire aux ouvrages.

  • Faire reconnaître ce patrimoine et notre association qui le représente :

Pour proposer des solutions, encore faudrait-il que nous soyons reconnus par les différentes instances concernées par l’eau. C’est la raison pour laquelle nous demandons, notamment, d’intégrer les CLE des SAGE. Le Président du SAGE Ardèche vient de refuser notre intégration au prétexte que les producteurs d’hydroélectricité y étaient déjà et que nous devions nous faire représenter par leur association. Nous allons insister pour que le patrimoine historique soit représenté en tant que tel dans cette structure.

  • Promouvoir moulins et canaux

L’Ardèche qui a connu un riche passé industriel dont les moulins sont très souvent aux origines a fait, fort justement des ouvrages hydrauliques anciens le patrimoine emblématique du département. Nous sommes partant pour collaborer à toutes initiatives (brochures, vidéo, événements ….) qui feraient connaître et valoriser ce patrimoine

 

 

 

               

 



13/04/2018
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